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9 décembre 2012: Texte de Ianik Marcil

10 décembre 2012 2 commentaires

ianik marcilDiscours contre la corruption
Ianik Marcil

Journée internationale de lutte à la corruption
Montréal, le 9 décembre 2012, organisée par le Mouvement du 24-septembre

Corroder le lien de confiance

On entend toujours dire que la corruption n’est pas un problème, mais plutôt un symptôme. Un effet, une conséquence du système capitaliste.
C’est faux. La corruption n’est pas un symptôme. La corruption fait partie intégrante d’une logique à laquelle nous participons tous.
La corruption, ça n’est pas qu’un coffre-fort tellement bourré de fric qu’il n’en ferme plus. La corruption, ça n’est pas qu’une liasse d’argent échangée au-dessus d’un urinoir. La corruption, ça n’est pas qu’un voyage dans le Sud en échange d’un contrat de construction.
La corruption, c’est ce qui corrode le lien économique.
La corruption, ça n’est pas que des pots-de-vin. La corruption, c’est oublier, c’est nier, que les intérêts économiques privés doivent toujours s’insérer dans l’intérêt économique public.
Ce qui corrode le lien économique, c’est aussi l’évasion fiscale, les paradis fiscaux, chercher à échapper à tout prix à l’impôt. C’est utiliser des structures financières sophistiquées pour détacher ses intérêts économiques privés de l’intérêt économique commun. C’est le travail au noir à la petite semaine, c’est payer cash pour s’épargner les taxes.
La corruption, c’est corroder le lien économique, c’est réduire petit à petit notre lien de confiance collectif.
Au Québec, on estime que ces manœuvres d’évasion fiscale – légale et illégale – de pots-de-vins, de fraudes et autres fondations privées détournant le bien commun à des fins privées coûtent chaque année l’équivalent du déficit du gouvernement. Ça n’est pas moi qui le dit c’est le ministère des finances.
L’équivalent du déficit annuel grâce auquel on impose des mesures d’austérité, en vertu duquel on sabre dans les services publics à la population – en santé, en éducation, en protection de l’environnement.
Corroder, user petit à petit les liens de confiance économiques qui nous unissent a donc un effet économique immédiat : la destruction de nos biens communs.
Mais il n’y a pas un « eux autres » et un « nous » : nous les victimes de la cupidité et de la duplicité d’eux autres, les pourris. Ça serait beaucoup trop facile de penser ainsi. Et dangereux. Car cela permettrait d’oublier la logique à la base de leur comportement, à eux autres.
Nous faisons tous partie de la même société, de la même communauté. À partir du moment où une logique pourrie corrode les liens qui basent notre communauté, nous en sommes à la fois victimes et parties prenantes.
Nous avons donc une responsabilité. Non seulement de punir les coupables, mais, surtout, de transformer la logique pourrie qui détruit nos liens sociaux et économiques.
Logique d’appât du gain à tout prix, logique de réussite individuelle s’opposant à l’intérêt collectif, logique de gabegie et de dilapidation du bien commun.
La corruption n’est pas le symptôme d’un système pourri. La corruption constitue la base même de la pourriture d’une logique qui permet à un système d’éroder nos liens communs.
Participer à la vie économique, ça n’est pas la corroder, la pourrir de l’intérieur. La vie économique c’est construire, tisser des liens entre les hommes et les femmes d’une communauté. Nous nous devons de radicalement changer la logique perverse et pourrie qui assimile notre vie économique à la destruction systématique de nos liens de confiance.
Les liens économiques que nous tissons dans notre communauté devraient, toujours, chercher à édifier l’utile, le beau, le juste. À mettre nos intérêts privés au service du bien de notre communauté – et non pas l’inverse. À construire, non pas à corrompre.

Blogue de Ianik Marcil

Photo de Mathieu Breton